Le Manifeste
Novembre 2020, Myrto Tripathi et Greg de Temmerman.
Fondateurs de l’Association Française des Ecomodernistes, devenue Les Ecohumanistes puis EcoHumans en 2024.
Cette évolution de son nom reflète plus justement deux principes fondateurs de l’association: son attachement à une vision plus social-démocratique que technomoderniste du bien-être et de la dignité humaine, et son référentiel de réflexion et d’action plus large et plus universelle qu’un seul territoire géographique.
Les origines
L’humanité s’est, depuis ses origines, appuyée sur la planète et ses ressources pour améliorer sa condition. Le développement humain atteint aujourd’hui un niveau sans précédent dans l’Histoire, bien que très inégalement réparti. Pour autant les activités humaines, passées et présentes, bouleversent les équilibres naturels sur lesquels elles se sont construites. L’accélération du réchauffement climatique, l’artificialisation et la pollution des espaces et l’épuisement des ressources conduisant à la chute de la biodiversité sur terre comme dans les océans et à la dégradation des écosystèmes, menacent à leur tour les systèmes dont dépendent l’alimentation, l’accès à l’eau potable, la santé et plus généralement l’épanouissement des populations à l’échelle mondiale. Nous sommes, par le caractère massif de nos actions, le facteur déterminant qui a conduit la planète à entrer dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique dont nous portons la responsabilité.
L’Ecohumanisme
L’Ecohumanisme reconnaît comme objectifs fondamentaux et indissociables l’amélioration de la condition humaine, la stabilisation du climat, et la protection de la vitalité et de la diversité du monde naturel. Il se base sur la conviction que si leur atteinte simultanée représente un effort sans précédent, celle-ci est indispensable et à notre portée, à condition que le génie humain soit mobilisé, avec ambition, éthique et sagesse. Nous voulons partager ici notre conviction que l’Ecohumanisme peut permettre à l’humanité d’atteindre un équilibre harmonieux et pérenne avec la planète tout en s’appuyant sur ses progrès passés et futurs.
Les constats
En 2019, 1.3 milliards de personnes vivaient dans une pauvreté multidimensionnelle [1], 840 millions n’avaient pas accès à l’électricité [2] et 2 milliards manquaient d’une source d’eau potable [3]. Au rythme actuel, entre 2017 et 2030, 52.2 millions d’enfant [4], dont la moitié de nouveau-nés, mourront avant leur cinquième anniversaire d’une cause qui aurait pu être évitée. Pire, les populations les plus démunies sont également celles qui seront amenées à payer le plus lourd tribut des conséquences d’actions dont elles auront rarement été bénéficiaires.
Seule une humanité ayant atteint un niveau de développement, lié notamment à la consommation énergétique de chacun, permettant d’assurer dignité et bien-être, peut espérer combler les inégalités sociales et intégrer la préservation de l’environnement à ses principes fondamentaux. Parce que tout être humain ne disposant pas du minimum vital pour lui et les siens en fera sa première priorité, le développement humain est une condition nécessaire.
Les signes de la dégradation globale de l’environnement atteignant des niveaux sans précédent, il n’est plus possible de nier que ce développement ne peut se poursuivre sur un schéma mettant en péril le socle sur lequel il s’appuie.
Nos objectifs
Nous sommes résolus à mener la modification de ce schéma de développement. Cette modification présente cependant des défis tels qu’il est irréaliste de placer tous nos espoirs dans une ou même plusieurs solutions miracles, d’autant plus que leur déploiement devra être rapide et massif et que nous souhaitons préserver la dimension démocratique de nos modèles. Nous partageons ici la conviction que notre avenir réside dans le recours à un éventail de solutions, techniques, comportementales ou méthodologiques, large et diversifié, à la hauteur des enjeux et de l’urgence. Nous appelons à ce que chacune d’entre elles soit évaluée, au-delà des dogmes, à l’aune des connaissances scientifiques et de leur contribution objective à l’amélioration de la condition humaine, à la stabilisation du climat et à la préservation des équilibres naturels. Si cette vision est de notre point de vue aussi souhaitable que possible, elle n’en sera pas moins le résultat d’un effort conscient et collectif.
Parce que nous sommes optimistes quant à la possibilité d’un futur harmonieux pour l’humanité et la nature, notre objectif est de contribuer à une meilleure compréhension des défis qui se présentent à nous et des solutions qui peuvent y être apportées, de participer à leur émergence et à leur mise en œuvre au niveau d’ambition nécessaire.
Nous, les soussignés, fondons et rejoignons Les Ecohumanistes pour diffuser et mettre en œuvre cette vision positive et choisie du futur de l’humanité et de la nature.
[1] http://hdr.undp.org/en/2019-MPI
[2] https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31752?locale-attribute=fr
[3] https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000367306
[4] 87% de 60 millions – https://data.unicef.org/resources/levels-and-trends-in-child-mortality/
Novembre 2020, Myrto Tripathi et Greg de Temmerman
Le mouvement écohumaniste français trouve ses origines dans la pensée écomoderniste. Celle-ci a été formalisée dans un manifeste rédigé en 2015 par 18 personnes issues principalement de réseaux académiques, de journalistes et d’environnementalistes. Le manifeste exprime ainsi la vision fondamentale de l’écomodernisme qui est aussi une vision positive du futur : un bon Anthropocène exige que les humains utilisent leurs capacités techniques, économiques et sociales, sans cesse grandissantes, pour améliorer la condition humaine, stabiliser le climat, et protéger la nature.
