Agir au sein des COP

Les COP sont nées d’un diagnostic scientifique. Les solutions qui s’y négocient doivent l’être aussi.

Depuis 2022, EcoHumans est accréditée en tant qu’organisation observatrice auprès de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ce statut ouvre à nos membres la zone bleue des COP, là où les délégations des États négocient les engagements climatiques de chaque pays et les règles de leur mise en œuvre. Nous y participons chaque année, en observateurs actifs : nous suivons les sessions, nous intervenons dans les tables rondes des pavillons, nous échangeons avec les délégations et l’ensemble des participants, et nous y préparons les projets et les liens qui nourrissent notre action toute l’année.

C’est un axe central de notre action de terrain, et il découle directement de notre objet : rapprocher la science de la société et de la décision publique, et réconcilier climat, nature et développement humain.

Boucle de transparence et de financement de l’action climatique : les acteurs non étatiques (entreprises, PME, institutions financières, collectivités) publient leurs données via des plateformes de divulgation comme CDP ; ces données alimentent les mécanismes nationaux de suivi, qui servent à évaluer les engagements nationaux (NDC, stratégies à long terme, plans d’adaptation) et les politiques sectorielles. Les investisseurs (banques multilatérales de développement, institutions financières, assureurs) orientent leurs capitaux vers les entités alignées sur ces plans et réduisent le risque des investissements. Les organisations observatrices admises aux négociations, comme nous EcoHumans, font le lien entre ces acteurs et le processus onusien : elles suivent les négociations, apportent leur expertise et des exemples de terrain, organisent des événements parallèles et nourrissent le bilan mondial par leurs contributions, ce qui renforce la redevabilité des États et des acteurs.

COP31 · Antalya, Turquie (À venir)

9–20 novembre 2026

La COP31 a retenu l’électrification comme thème central des négociations. Elle y voit un levier pour faire avancer la transition énergétique tout en soutenant la sécurité énergétique, l’accessibilité financière, l’accès à l’énergie et le développement durable. Plus de dix ans après l’Accord de Paris, cette évidence des sciences physiques entre enfin à l’agenda des COP. EcoHumans y porte deux projets.

Faire entrer la science dans la décision publique

Et la Science ?! est le festival et la démarche au long cours que mènent EcoHumans et l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) contre la désinformation scientifique et technique, en particulier dans la décision législative et réglementaire, là où ses effets sont les plus graves et les plus pérennes. À Antalya, nous la présentons à nos partenaires européens, pour comprendre comment chaque pays prend en compte la science dans ses politiques publiques, et pour améliorer ensemble ces processus. Prochaine édition : le 6 mars 2027, au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris.

En Afrique, le réseau d'abord

Nous souhaitons organiser à la COP31 une table ronde sur le développement du réseau électrique intermédiaire en Afrique : les lignes de transport et de distribution qui relient les sites de production aux usagers. Le champ est plus restreint que l’électrification dans son ensemble ; il est pourtant aujourd’hui le plus déterminant.

La production existe souvent déjà, hydraulique, solaire, un jour nucléaire, et elle trouve porteurs de projets et financements. Mais elle n’arrive pas à destination : on dénombre aujourd’hui encore en Afrique subsaharienne 86 % des 655 millions de personnes privées d’électricité dans le monde. Construire et entretenir un réseau n’est pas aujourd’hui un modèle économique rentable ; c’est pour cela que la COP doit s’en saisir. Partout, le réseau est le volet social de l’électrification.

Source : Tracking SDG7 – The Energy Progress Report 2026, AIE, IRENA, Division de statistique des Nations unies, Banque mondiale et OMS, données 2024.

Aidez l’Afrique à résoudre ce problème et elle résoudra les autres d’elle-même.Myrto Tripathi, note sur l’électrification de l’Afrique, octobre 2026
On ne peut plus accepter que des zones dans le monde soient, littéralement, des zones d’ombre.Myrto Tripathi, note sur l’électrification de l’Afrique, octobre 2026
L’électricité est non seulement le vecteur de la décarbonation mais aussi du développement, qui n’est rien d’autre que d’un côté l’accès à la dignité et de l’autre une lutte contre l’obscurantisme. Ce n’est pas pour rien que l’obscurantisme file la métaphore de l’absence de lumière.Myrto Tripathi, note sur l’électrification de l’Afrique, octobre 2026

COP30 · Belém, Brésil

Novembre 2025

COP30, Belém, 10 novembre 2025 — Myrto Tripathi à l'entrée de la conférence.

Dix ans après l’Accord de Paris, la COP30 s’est ouverte à Belém, là où plusieurs fleuves, dont l’Amazone, rejoignent l’océan. Le jour même, comme l’a signalé Serge Zaka, la moyenne glissante des températures mondiales sur trois ans franchissait le seuil de +1,5 °C fixé par l’Accord de Paris.

Cette situation s’explique très bien et s’impose à la COP pour qui sait la voir : la science est présente mais elle est cantonnée à l’impact du changement climatique sur les écosystèmes et jamais elle ne traite de la physique de la solution la plus évidente : un système électrique bas carbone étendu à l’échelle mondiale. Parlez aux délégués présents sur les stands et dans les couloirs, (très) peu en connaissent les fondamentaux.

Les COP se sont inclinées devant la science du changement climatique et de ses impacts, mais elles ont fait de la réponse à y apporter un enjeu politique, sans plus rien de technique.

no one here, no one, can be hypocritical enough to claim air conditioning is a luxury or that energy sobriety must come first amongst the solutions against climate change.Myrto Tripathi, LinkedIn, COP30, novembre 2025

A Call for Climate Justice

À Belém, EcoHumans a porté A Call for Climate Justice, premier d’une série d’appels pour une action climatique fondée sur les faits. Il part d’un principe. Quatre sources d’énergie peuvent remplacer les fossiles : le nucléaire, l’hydraulique, l’éolien et le solaire. Le nucléaire et l’hydraulique ne sont pas accessibles partout. L’éolien et le solaire le sont, mais en quantités limitées. Les pays capables de déployer le nucléaire ou l’hydraulique ont donc la responsabilité de le faire, et de libérer les capacités éoliennes et solaires pour ceux qui n’ont pas d’autre choix.

Countries capable of deploying nuclear or hydro power at short or medium term have a responsibility to do so, for their long term decarbonisation and for the benefit of those who need the wind and solar capacities hence released.EcoHumans, A Call for Climate Justice, COP30, 24 novembre 2025
To those countries who are able to deploy nuclear or hydro power: you have the responsibility to do so.EcoHumans, A Call for Climate Justice, COP30, novembre 2025
So, everyone who IS ABLE to do nuclear or hydro SHOULD do it, and free up wind and solar capacities for those who cannot.Myrto Tripathi, LinkedIn, COP30, novembre 2025
COP30, Belém — A Call for Climate Justice, imprimé et diffusé sur place.

Rencontre avec Eugene Nforngwa

À Belém, Myrto Tripathi a rencontré Eugene Nforngwa, directeur des programmes de l’Africa Coalition for Sustainable Energy and Access (ACSEA), basée à Yaoundé, qui conduit des programmes d’accès à l’énergie dans plusieurs pays africains. L’échange a porté sur la place de la science dans les COP. Pour Eugene Nforngwa, la science est rarement traduite en options politiques par des scientifiques, et les processus de la CCNUCC sont « intrinsèquement politiques ». Même les modèles, selon lui, ne répondent pas aux questions que se posent les décideurs africains.

Il distingue trois besoins d’énergie en Afrique : éclairer les foyers, faire fonctionner les écoles, les hôpitaux et les pompes à eau, et industrialiser. Les solutions décentralisées répondent aux premiers ; l’industrialisation exige des réseaux robustes, là où le solaire et l’éolien deviennent moins fiables. Sur le nucléaire, sa position tient en une phrase : si le problème est la sûreté ou les déchets, parlons de la manière de le résoudre, pas d’un refus du nucléaire.

If that is the problem, now let’s talk about how we solve that problem. Let’s not talk about no nuclear. Because you’re going to be left with nothing if each time you have a problem, the solution is don’t touch.Eugene Nforngwa, ACSEA, interview EcoHumans, COP30 · FR : « Si c’est cela le problème, parlons de la manière de le résoudre. Ne parlons pas de « pas de nucléaire ». Si, chaque fois qu’il y a un problème, la solution est de ne pas y toucher, il ne vous restera rien. »
If the political choices have to be informed by science, at least that science should be politically neutral. The problem is that even the science is very political these days.Eugene Nforngwa · FR : « Si les choix politiques doivent s’appuyer sur la science, cette science devrait au moins être politiquement neutre. Le problème, c’est que même la science est aujourd’hui très politique. »
The centralized grids have worked elsewhere. So if centralized grids have worked elsewhere, the problem is not the infrastructure itself. Perhaps it’s the management of the infrastructure.Eugene Nforngwa · FR : « Les réseaux centralisés ont fonctionné ailleurs. Si c’est le cas, le problème n’est pas l’infrastructure elle-même, mais peut-être sa gestion. »
When you listen to them, it seems that one kilowatt-hour solar is exactly similar to one kilowatt-hour coal or one kilowatt-hour nuclear, which all three of them are radically different and provide radically different services to the grid and to the communities.Myrto Tripathi, à Eugene Nforngwa · FR : « À les écouter, un kilowattheure solaire serait identique à un kilowattheure charbon ou nucléaire, alors que les trois sont radicalement différents et rendent des services radicalement différents au réseau et aux populations. »

COP29 · Bakou, Azerbaïdjan

Novembre 2024

En raison des alertes du ministère des Affaires étrangères, EcoHumans a renoncé à envoyer ses membres de nationalité française. Deux de nos membres d’origine australienne ont porté nos accréditations en zone bleue et y ont mené des actions de sensibilisation : complémentarité des énergies bas carbone, alternatives aux produits animaux dans l’alimentation, ré-ensauvagement des espaces naturels.

COP28 · Dubaï, Émirats arabes unis

Décembre 2023

À Dubaï, les États ont adopté le premier bilan mondial de l’Accord de Paris. Ils y appellent à « opérer une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques » (§ 28 d), à tripler les capacités renouvelables et à doubler le rythme d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici à 2030 (§ 28 a), et à « accélérer l’adoption de technologies à émissions nulles ou faibles, notamment la production d’énergies renouvelables, le nucléaire, les technologies de réduction et d’élimination telles que le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, en particulier dans les secteurs où il est difficile de réduire les émissions, et la production d’hydrogène à faible émission de carbone » (§ 28 e).

Le même texte relie le climat à la nature, en appelant à mettre fin au déboisement d’ici à 2030 et à protéger la biodiversité (§ 33), et au développement humain, avec des objectifs d’adaptation pour l’eau potable, l’alimentation et la santé (§ 63). Le 2 décembre, 22 pays s’étaient engagés à tripler les capacités nucléaires mondiales d’ici 2050. À Dubaï, les annonces de contributions au fonds pour les pertes et préjudices, décidé à Charm el-Cheikh, ont atteint 792 millions de dollars (§ 79).

Sources : CCNUCC, décision 1/CMA.5, « Résultats du premier bilan mondial », § 28 a, d et e, § 33, § 63 et § 79 ; Déclaration pour tripler l’énergie nucléaire, COP28, 2 décembre 2023.

COP28, Dubaï, 10 décembre 2023 — Table ronde au Pavillon France : « How nuclear can accelerate the decarbonization of the energy mix ».

Le 10 décembre 2023, au Pavillon France, Myrto Tripathi a participé à la table ronde « How nuclear can accelerate the decarbonization of the energy mix », organisée par la Sfen et ouverte par Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de la Transition énergétique. Elle y a défendu une idée : la neutralité carbone exigera de nombreux projets d’infrastructure, réacteurs, lignes électriques, barrages, mines, et aucun n’aboutira sans le soutien des populations. Remettre l’acceptabilité au centre de la concertation, c’est aussi donner une voix aux citoyens favorables au nucléaire qui, sans organisations pour les représenter, restent invisibles.

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Myrto Tripathi, présidente d'EcoHumans, lors de la table ronde du 10 décembre 2023.
COP28, Dubaï — Le panel de la table ronde du Pavillon France.
A project whose benefits and stakes are not understood by the population will not benefit from their support, their feedback, and their continuous involvement and participation throughout the life of the project. And because it does not have the support of the population, it will fail.Myrto Tripathi, COP28, 10 décembre 2023
2/3 of those being given the floor by the organizers were NGOs against nuclear energy, while polls indicate that 2/3 of citizens in France are in favor of nuclearMyrto Tripathi, COP28, décembre 2023

COP27 · Charm el-Cheikh, Égypte

Novembre 2022

Première COP d’EcoHumans en zone bleue, et première COP organisée sur le continent africain depuis 2016. Elle s’ouvre le 6 novembre 2022 alors que, selon La Tribune, la guerre en Ukraine et la crise énergétique ont relégué l’urgence climatique au second plan. Trois dossiers dominent : maintenir l’objectif de +1,5 °C, financer les « pertes et dommages » des pays les plus vulnérables, et tenir la promesse de 100 milliards de dollars par an d’aide climatique aux pays en développement, plafonnée à 83,3 milliards en 2020 selon l’OCDE.

Le 10 novembre, une affiche posait déjà l’équation que nous défendons : « Wind + Solar + Nuclear + Hydro = Net Zero ». Trois ans plus tard, A Call for Climate Justice partait des mêmes quatre sources d’énergie. Le 14 novembre, Myrto Tripathi est intervenue au pavillon #Atoms4Climate de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), lors de la table ronde « Changing the Game for Climate – Female Leaders in the Nuclear Space ». Le 17 novembre 2022, l’horloge climatique installée sur place affichait « 6 years 247 days » et une part de renouvelables de 13,26 %.

COP27, Charm el-Cheikh, 14 novembre 2022 — Myrto Tripathi (à droite, au micro), au pavillon #Atoms4Climate de l'AIEA, lors de la table ronde « Changing the Game for Climate – Female Leaders in the Nuclear Space ».
COP27, Charm el-Cheikh, 10 novembre 2022 — Au stand du projet européen MeetMED II, l'affiche « Together is better : Wind + Solar + Nuclear + Hydro = Net Zero ».

Logos : © présidences des COP27 (Égypte), COP28 (Émirats arabes unis), COP29 (Azerbaïdjan), COP30 (Brésil) ; COP31 © Présidence turque de la COP31, licence CC BY 4.0.